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  • Romain Lehmann

Une image effrayante.

Mis à jour : 10 déc. 2019


La photographie d’une petite fille arborant une étoile jaune sur son manteau, un 10 novembre 2019 dans les rues de Paris, a suscité en moi un effroi.


Un confrère m'a néanmoins indiqué :


« Aujourd'hui l'islamophobie est comparable à l'antisémitisme d'entre-deux guerres. En tout état de cause, je suis curieux de savoir en quoi cette image serait effrayante? »


Je tente d'y répondre.



Toute honte bue, quel mépris des réelles victimes de l'histoire et des victimes réelles de l'antisémitisme actuel.


Je dénonce cette comparaison qui œuvre à la désunion entre les français et à la surenchère victimaire.


D’abord, en brandissant, comme la courageuse Femen apparue lors de la marche du 10 novembre 2019, le droit de blasphémer et de critiquer toute pratique religieuse, bien que, l'éloge fait à cette liberté élémentaire et chèrement acquise, ne suffit malheureusement plus aujourd’hui en France.


Je poursuivrai donc afin de rappeler, au premier chef, que tout régime fondé sur une loi religieuse tend à soumettre les hommes aux interdits de cette religion et établit un séparatisme entre croyants et non-croyants, entre bons croyants et mauvais croyants, entre pur et impur.


Notre idéal républicain laïc, a travaillé par l’effet de la loi humaine à se libérer de la tutelle de Dieu en tous les domaines de l’émancipation sociale, économique et culturelle, afin que le citoyen explore l’espace de ses libertés par la raison, dans un espace politique civilisé et libéral.


A partir de là, rétablissons la distinction fondamentale entre, l’antisémitisme d’entre deux-guerres, d'une part, et l’islamophobie d’aujourd’hui, d'autre part.


Les antisémites d'entre-deux guerres dénonçaient un Juif imaginaire, physiquement décrit, psychologiquement défini, comme étant celui qui soutenait les pouvoirs financiers et politiques, celui qui se dissimulait et engrangeait les fruits d'une cupidité, elle aussi imaginaire.


Ce  Juif qui aurait assassiné Jésus-Christ et se serait accaparé Dieu, après l'avoir inventé.


Ce Juif menteur, travaillant à la conquête du monde et dépeint dans Le protocole des Sages de Sion, un faux en écriture.


Ce Juif dénoncé par l'esprit malade d'Hitler dans Mein Kampf.


Ce Juif comploteur conçu par des complotistes de tous ordres, de hauts et de bas étages, devenu le vertige identitaire de tous les extrêmes. Parcourant les siècles, ce Juif reste toujours le même. 


L'antisémitisme d'entre-deux guerres se nourrit de la même fiction. Il eut ses auteurs, pèle mêle, nationalistes patentés et pamphlétaires internationalistes révolutionnaires, talentueux ou piteux sur le plan littéraire. Il eut ses journaux, ses ouvrages, ses doctrinaires, tous illuminés par la haine de ce qui ressemblait, de près ou de loin, à "l'art juif", "la pensée juive", la "France juive", le "cosmopolitisme juif", la "finance juive".


Comme si l’émigré venu d'Ukraine installé rue des Rosiers et vendeur d’étoffes avait à rendre compte de ces billevesées.


Comme s'il lui appartenait de s'excuser de l’horrible mythologie qu'on a attaché de force à sa figure et à son destin.


Comme s'il lui appartenait de s'excuser d'avoir été victime des atrocités de ces courants de pensée qui ont mené au pire!


C'est donc à ce Juif que le français Musulman serait assimilé aujourd'hui par un Etat, une législation et une administration française raciste, islamophobe et liberticide.


Certainement pas.


L’islamophobie ne sous-entend pas une description raciale du musulman, religion et race relevant de deux ordres différents, si tant est que la race existât – et l’on sait que non. Elle n’est pas non plus un courant de pensée qui prêterait aux musulmans du monde entier une volonté de domination.


En ces seuls éléments, la peur de l’Islam, est bien différente de l’antisémitisme. La première est une crainte pour soi-même vis-à-vis des expressions les plus radicales de l'Islam et ses velléités religieuses. La seconde est un rejet systématique de ce qui n'est pas à soi-même ressemblant et que l'on désigne comme différent.


Elle n’est pas non plus une simple dénonciation des discriminations à l’emploi, à l’embauche, au logement, commises contre des musulmans. Lutter contre ces discriminations et contre le racisme ne relève pas d’une défense catégorielle mais d’un combat universel par le truchement de la loi et du droit, au soutien du travail de la justice, qui reconnaît les victimes individuelles et répare les torts causés, individuellement.


Cette lutte est universelle car qui confond un individu et le définit par un groupe est dans l'hérésie.


Si l’islamophobie ne relevait que de ce combat, en quoi les caricatures de Charlie Hebdo auraient été porteuses d’une discrimination ? Les dessins d’un combat contre les branches radicales de l’Islam affirmaient le droit de rire et caricaturer tout mouvement politico-religieux ; au péril de sa vie. Que ces dessins d'un journal satirique puissent atteindre le sentiment de pieux croyants, tel est leur but. Cela ne justifie pas de les incriminer, comme la justice l’avait d’ailleurs jugé, encore moins de les interdire. Ou alors, cela s’appelle une censure, contre laquelle l’esprit des Lumières a combattu.


L’accepter, c’est admettre un retour à la terreur, d’où le terme de terroriste appliqué aux assassins de Charlie.


Une fois définie négativement en ce qu’elle n’est pas, l'islamophobie apparaît comme ce qu'elle est, un concept politique visant à instrumentaliser les sentiments de chacun, et particulièrement ceux des croyants et pratiquants de l’Islam, afin de les amalgamer entre eux et pour faire taire ce qui ressemblerait à une critique de leur religion, ou plus exactement, à une critique des courants radicaux qui s'y développent.


L’islamophobie en un mot, est une confiscation.


Elle délégitime et disqualifie ceux qui critiquent une faction radicale de l’Islam, la plus extrémiste, la plus sectaire et la plus séparatiste, en leur confisquant le droit de s'exprimer à leur sujet. De la même manière, elle confisque la pratique de l'Islam dans sa diversité, sa riche culture et ses penseurs modérés ou réformateurs. 


Pourtant, ces critiques au sein même de l'Islam et en dehors, dénoncent le fanatisme et la fureur de certains pratiquants devenus des militants incapables de considérer le monde dans sa diversité et mués par une volonté de domination.


Elles les renvoient à leur hypocrisie.


Ces critiques sont justes dès lors que depuis plusieurs années, mais avec plus de force encore au cours de la dernière décennie, nous observons l’Islam radical né dans le giron idéologique des Frères musulmans se développer partout dans le monde avec les effets délétères qu’il entraîne.


Ce mouvement sunnite fondé sur une volonté de rendre universelle une pensée théocratique et islamique du monde éteint les lumières intellectuelles et étouffe les cultures locales, en ce qu'il a engendré ou récupéré le mouvement salafiste prônant un retour aux origines.


Les lumières s'éteignent partout où cette doctrine islamiste gagne du terrain et s'impose par la terreur physique, légale ou psychologique, voire par la révolution, un mouvement humain à la fois créateur et destructeur.


A cet égard, j’apporte mon soutien, par association de cœur et d’esprit, avec toutes celles et ceux qui luttent pour leurs libertés et contre les mensonges de la bigoterie, ou pire encore, contre la barbarie d’un Etat islamiste, et de tout régime fondé sur la Charia.


A ceux-là, discriminés et victimes d’un ordre social politico-religieux, j’envoie toutes mes forces et mes pensées.


Ils luttent, parce qu'ils ne veulent pas être étouffés.


Parce qu'ils se lèvent contre un sens dévoyé de la religion et son soi-disant « retour aux sources ». Ce même retour aux sources, ce sens de l’originel fascisant, qui a mené à bien des guerres et a permis aux hommes de perpétrer, au nom de la race, de la nation, de la pureté, de la religion, les plus abominables crimes de l’humanité.


Parce qu’ils se dressent contre cette satanée morale religieuse monothéiste, moraliste et moralisante, qui n’est rien d’autre qu’un enfermement de l’esprit et autorise un homme à détenir un pouvoir sur sa femme ou à hiérarchiser, classer les êtres humains en fonction de leurs races, de leurs croyances, de leurs comportements, de leurs raisonnements.


Cette morale, ce songe d'une société parfaite, cette théorie appliquée au réel, qui empêche et aliène, et viendrait se substituer à la construction séculière du droit, a suscité et suscitera, les fascismes et les totalitarismes. Tous les extrêmes sont prompts à cette dérive de l'esprit.


Alors, l’image d’une petite fille arborant une étoile jaune un 10 novembre 2019 dans les rues de Paris au nom de la lutte contre l’islamophobie, ne visait qu’à hisser politiquement le sort des français musulmans au niveau du destin tragique des victimes de la Shoah.


L’instrumentalisation d’une douleur du passé par un mouvement religieux radical lui permet de relativiser le poids de l’Histoire, au profit d’intérêts communautaires présents.


C'est en cela qu'une telle image provoque l’effarement, la stupéfaction et l’effroi. Elle glace le sang par son cynisme.


Cette marche du 10 novembre, à laquelle les formations politiques républicaines n’ont pas participé, dont le PS - sursaut que je salue et auquel je rends grâce -, n’était muée que par le désir d'affirmer une nouvelle loi, un nouveau modèle, non pas à lutter pour améliorer celui dans lequel nous vivons et qu'une certaine idée française de la liberté, du combat et de l'intelligence humaine, a su façonner.


Cette vision politique et militante du monde pour imposer un Islam radical et intolérant, ainsi que certaines pratiques, est un séparatisme. Elle est devenue publique et a montré son visage le 10 novembre 2019.


Elle porte atteinte à la République en son unité et ses idéaux d'universalisme.


Il faut prendre le monde tel qu'il est, ce qu'il est devenu, et lutter.



Romain Lehmann

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